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Témoignages

1945

Témoignage de Mme DESMAS-CASTERAN

Enseignante débutante dans la Poche


« J’ai « enseigné », en effet, au Collège Moderne à une époque très particulière, celle de la fin de la Poche de Saint-Nazaire, du début 1945 à la fin de l’année scolaire. »

« Je n’étais ni professeur titulaire, ni professeur auxiliaire, mais plus exactement « bouche-trou ». En effet, M. GRADAIVE, un beau matin, était venu à la maison et, de but en blanc, m’avait dit : « Mademoiselle, je sais que vous êtes bachelière, que vous vous apprêtez à poursuivre des études de lettres classiques. Accepteriez-vous de donner quelques cours au Collège ? ». Je ne connaissais pas du tout M. GRADAIVE, n’ayant pas fait mes études secondaires à Savenay. J’étais quelque peu abasourdie et lui ai répondu que je n’avais aucune formation pour cela et ne m’en sentais guère capable. J’avais 18 ans et pas la moindre expérience. Alors, M. GRADAIVE a repris : « Ecoutez, je manque de professeurs, plusieurs sont partis par le convoi de la Croix-Rouge » (la Croix Rouge avait organisé en janvier un convoi en gare de Savenay vers Nantes pour les gens qui désiraient quitter la poche, un autre convoi devait suivre en avril). »

« M. GRADAIVE était complètement désemparé. Là, je revois exactement la scène et je l’entends encore me dire : « Je dois absolument assurer l’année scolaire ; vous comprenez, je suis responsable, aussi c’est un service que je vous demande ». Je ne pouvais que lui répondre : « Dans ce cas, je veux bien essayer. Je vous promets de faire au moins tout ce que je pourrai. ».

« Et c’est ainsi que je fus promue professeur. J’enseignais l’orthographe, l’histoire et la géographie en classe de 4ème ou de 5ème. En géographie, nous étudiions les Etats-Unis. Cette classe mixte comprenait une vingtaine d’élèves. Des noms et des visages, dont certains, hélas, prématurément disparus, me reviennent en mémoire : THEODET, USSEL, BLAIN, BIGUET, BUTAUD pour les garçons ; LEMARIE, POULARD…. Pour les filles. »

« Les cours avaient lieu (du moins pour ceux que j’assurais) dans l’actuel lycée, mais une partie des bâtiments était occupée part les allemands, si bien qu’une sentinelle se tenait à l’entrée du Collège. M. GRADAIVE avait du faire faire des laissez-passer pour les professeurs. Je me souviens qu’il m’en avait donné un, en me disant avec son accent méridional : « Je vous ai fait faire un laissez-passer, mais je crois qu’on ne vous le demandera pas, car on doit vous prendre pour une élève ». Effectivement, on ne me l’a jamais demandé… »

« Pendant la poche, nous n’avions pas l’électricité et nous vivions à l’heure allemande, c’est-à-dire à notre heure d’été actuelle. Les cours commençaient à 9 heures (8 heures donc à notre horaire actuel d’hiver). On n’y voyait à peine certains matins gris de janvier et février, aussi commencions-nous toujours par des interrogations orales, attendant un peu plus de clarté pour prendre livres et cahiers ».

« Ma peur du début avait fait place, ma foi, à un certain plaisir. Ça ne marchait pas si mal que ça ! Les classes n’étaient pas surchargées : il était plus facile de faire travailler, on connaissait mieux son monde. L’ambiance était plus familiale. Je crois surtout que les élèves d’il y a 40 ans étaient plus disciplinés que ceux d’aujourd’hui. J’imagine, de nos jours, une gamine de 18 ans absolument inexpérimentée débarquant dans une classe de 4ème ou de 5ème de 40 élèves la dépassant d’une tête !!! »

« Bien sûr, à mesure que les jours passaient, se faisait sentir une certaine effervescence devant l’imminence de nouveaux évènements. Il y eut la libération, une atmosphère de fête et de kermesse qui n’était pas sans rejaillir sur les élèves. L’année scolaire avait du –si mes souvenirs sont exacts- se terminer un peu plus tôt que d’habitude ».

« De cette époque, je garde le souvenir du Principal, M. GRADAIVE. Il était très paternel, connaissant ses élèves un à un, sachant les guider, les encourager, prenant à cœur leur avenir, surtout lorsqu’ il s’agissait d’élèves doués mais peu privilégiés ».

« J’en ai gardé aussi un certain goût pour l’enseignement. C’est du moins ce que mes filles me disaient, en plaisantant, quand je les faisais travailler, durant leurs études ».

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