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Témoignages

Alexis Léaud 1879-1960

Des précisions de Louis Savina, ancien président départemental et administrateur national de la MGEN

Malgré la vigilance et le soin apportés par l’équipe rédactrice dans l’écriture et la relecture du manuscrit, le livre « Jeune lycée, vieux murs », comporte néanmoins une ambiguïté que le souci d’exactitude et de clarté qui a présidé à la réalisation de l’ouvrage induit l’utilité de lui apporter une brève mais opportune retouche.

En effet, page 120, il est écrit :

«  Alexis Léaud devint par la suite Président de la Mutuelle de l’Enseignement (MGEN aujourd’hui) ». Son nom est attaché au centre des « 3 épis » à Saint-Jean d’Aulps dans les Alpes.

La vérité, bien que toute proche, mérite néanmoins quelques précisions.
Alexis Léaud, né le 14 juin 1879, fut nommé directeur de l’EN de Savenay en 1912, poste qu’il occupa jusqu’en 1916.

En contact permanent avec les instituteurs aussi bien dans sa fonction première d’Inspecteur Primaire que dans son poste de responsable de la formation des Normaliens, il connaissait très bien le monde des enseignants du primaire et les difficultés auxquelles ils étaient confrontés : situation matérielle souvent déplorable, habitat précaire sans commodités ni confort, difficultés d’existence et d’exercice de leur métier, insuffisance des salaires … Venait en outre s’ajouter la crainte permanente de la tuberculose qui (avec la poliomyélite) constituait à l’époque un fléau social particulièrement grave : 150 000 personnes en mouraient chaque année (La vaccination ne deviendra obligatoire qu’en 1953).

Pour les enseignants, en contact permanent avec les enfants, c’était une véritable maladie professionnelle, une situation d’autant plus grave que pratiquement aucune structure de protection sociale n’existait. D’où la préoccupation incessante des instituteurs de créer des associations de secours mutuels pour faire face aux situations de détresse les plus criantes, les plus dramatiques. Certaines de ces sociétés, par souci d’efficacité, s’étaient spécialisées dans la couverture d’un risque unique : perte de traitement en cas de congé de longue durée, complément aux pensions de retraite, aide à la couverture des frais d’obsèques, secours aux orphelins, remboursement des soins médicaux, de chirurgie et d’hospitalisation …
Conscient de la situation de précarité dans laquelle se débattaient les enseignants, le Syndicat National des Instituteurs (SNI) à son congrès de Grenoble en juillet 1946, vota le principe de la création d’une mutuelle générale, complémentaire de la toute récente SS.

La MGEN, Mutuelle Générale de l’Education Nationale, fut officiellement créée le 8 décembre suivant. Marcel Rivière, militant syndicaliste et initiateur du projet, en devint le premier Président. La MGEN se développa ensuite progressivement par la fusion des sociétés de secours mutuels départementales.

Alexis Léaud adhéra immédiatement à l’initiative et apporta dans la corbeille commune l’Union Nationale des Sanas dont il était le Président. Spontanément, il milita au développement et aux activités de la MGEN naissante : administrateur national, membre du Bureau, vice-président aux côtés de Marcel Rivière, il prit en charge la branche « sanatorium » qui lui tenait particulièrement à coeur, une responsabilité qu’il assumera jusqu’en 1951.

Après son décès, le 16 octobre 1960, son nom fut associé au sanatorium de Saint-Jean d’Aulps en Haute Savoie, un centre aujourd’hui désaffecté et dont les activités de convalescence et de rééducation ont été transférées à Evian. ( L’établissement les « 3 épis », essentiellement centré sur la diététique, est situé dans les Vosges).

C’était en effet un devoir de mémoire et de reconnaissance que d’inscrire dans le concret le mérite de ces pionniers humanistes, bâtisseurs infatigables et désintéressés d’œuvres de solidarité dont nous continuons à bénéficier aujourd’hui encore, avec toujours autant de nécessité et d’intérêt.

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