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Centenaire 1914-1918 à Savenay

Savenay 1914-1918

Mémorial pour une jeunesse décimée

Pour commémorer la fin de la Grande Guerre, Françoise et Yannick Boucaud ont rédigé cet ouvrage « Savenay 1914-1918, histoire d’une jeunesse décimée », édité par l’UNC de Savenay. C’est le projet d’un couple d’érudits qui partagent la même passion. Mais si l’ambition est historienne, comme l’annonce le titre, le résultat est avant tout mémoriel. D’où ce « mémorial », non au sens de monument commémoratif, mais de trace écrite de ce qu’on ne veut pas qu’on oublie, véritable « monument aux morts virtuel » de la Grande Guerre pour Savenay.

Une telle occasion, celle de la commémoration du centenaire de la Grande guerre, ne se représentera pas de sitôt ! D’ici là, la mémoire des Poilus ne sera plus nécessairement à l’ordre du jour. Le plus grand mérite de l’ouvrage est donc son riche ensemble de données brutes qui peuvent servir à de futurs chercheurs sur l’histoire de Savenay pour cette période. C’est un impressionnant travail de fond cherchant l’exhaustivité. Cet objectif est probablement atteint, tant le travail est rigoureux et précis.

Les auteurs établissent des listes non seulement des morts savenaisiens (104) à la guerre, mais exploitent les tables mémorielles de l’église, de l’ancienne mairie et de l’École normale.
Et, pour faire bonne mesure, la liste des 328 soldats et infirmières américain(e)s décédé(e)s à l’hôpital américain de Savenay de 1917 à 1919 est même donnée. Cette partie, à la limite du hors-sujet, traduit surtout la prégnance que la présence américaine exerce sur l’historiographie et les commémorations Savenaisiennes, depuis les travaux pionniers de Camille Hussenot sur le sujet, il y a maintenant 20 ans, en 1988.

Des pages fort intéressantes concernent l’analyse de ces statistiques aussi rigoureusement établies. L’excellent tableau de la page 59, nous indique que sur les 684 conscrits savenaisiens qui ont fait la guerre (75,33 % des recensés), 114 sont morts au combat, soit 16,67 % de ceux qui ont fait la guerre, 17,11 % ont été blessés et 5,85 % seulement ont été faits prisonniers. S’agissant de ces 104 Savenaisiens, plus ou moins jeunes, majoritairement de 20 à 30 ans, morts à la guerre (XI, 56-60). on y apprend que 75 ont été tués au combat ou sont décédés suite à leurs blessures. Les chiffres de morts par année (1914 : 15 ; 1915 : 29 ; 1916 : 26 ; 1917 : 16 ; 1918 : 17 ; 1919 : 1), fournis sans commentaire, dans une évolution identique à celle des communes voisines, traduisent un bougé de la guerre (de « mouvement », de « tranchée », de « position » ou de « percée », etc) qui n’est pas du tout évoqué, signe d’un manque de contextualisation générale empêchant de comprendre pleinement ces chiffres. Plus des deux tiers de ces morts ont entre 20 et 30 ans (69%). Si 58 habitaient en ville, 45 exerçaient des métiers agricoles. Leurs notices individuelles sont inégalement développées, de 4 lignes à une page illustrée et documentée.

Pour atténuer l’aspect austère des longues listes de noms, l’iconographie trouve heureusement sa place comme souvent avec Yannick Boucaud, pas toujours référencée toutefois. Des documents et extraits s’insèrent également, mais sans qu’un fil conducteur ne relie véritablement le tout. Vu l’ampleur de la matière, on peut aussi regretter un format et des caractères un peu petits qui ne facilitent pas la lecture.

Au total, un ouvrage très soigné, utile pour longtemps, qui répond cependant davantage au « devoir de mémoire » qu’aux exigences du travail du « métier d’historien » selon Marc Bloch (1)

(1) Marc Bloch historien médiéviste renommé, juif résistant, fusillé à la fin de « l’autre » guerre mondiale du XXe siècle, dans « Apologie pour l’histoire, ou métier d’historien », ouvrage posthume de 1949.

Boucaud Françoise et Yannick, Savenay 1914-1918, histoire d’une jeunesse décimée, Ed. UNC, Savenay, 2018

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