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Ecole Primaire Supérieure (1912-1942)

L’histoire 1912

L’inauguration des écoles (2eme Partie)

extrait du fascicule n°1, 1984, JY Martin

LA PORTEE NATIONALE DU DISCOURS

Différents signes montrent l’importance que le ministre GUISTH’AU accorde à Savenay et au discours qu’il veut y prononcer.

Pour ce qui concerne la venue, la chronologie de la décision s’établit comme suit : Dès juillet 1912, les membres du Conseil d’Administration de l’Ecole Normale adressent au Préfet de Loire-Inférieure le vœu « que le Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux- Arts vienne inaugurer la nouvelle Ecole Normale d’Instituteurs du Département »(1). La « Municipalité Républicaine de Savenay » emboîte le pas du Conseil d’Administration de l’Ecole Normale et le Maire, M. TEXIER, demande au Préfet : « d’être son interprète auprès de Monsieur le Ministre pour lui exprimer combien la population savenaisienne serait honorée et fière de le recevoir et pour le prier d’inaugurer en même temps que la grande école départementale, nos nouveaux établissements communaux : école communale faisant fonction d’école annexe, école primaire supérieur, service d’eau et pavillon de l’Hospice ».

En transmettant à son Conseil Municipal la réponse, il annonce que « Monsieur le Ministre acceptait très volontiers de venir à Savenay inaugurer nos nouvelles installations »(2). Or, la lettre du préfet dit exactement : « J’ai l’honneur de vous faire connaître que Monsieur le Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux Arts a fixé au dimanche 6 octobre 1912 la cérémonie d’inauguration des nouveaux bâtiments de l’Ecole Normale d’Instituteurs et de l’Ecole Primaire Supérieure de Savenay » (3) . Le ton est autoritaire et le Ministre n’est censé se déplacer que pour les seuls bâtiments scolaires.

Devant son Conseil Municipal, le Maire raconte qu’il a été ensuite « convoqué à la préfecture pour arrêter le jour et le programme de la fête ». Au cours de cette réunion, le Préfet lui fit savoir que « Monsieur le Ministre (...) avait l’intention de profiter de l’inauguration de l’Ecole Normale pour prononcer un discours sur l’Enseignement ».

Il apparaît donc clairement que la raison essentielle de la venue de M. GUISTH’AU à Savenay, est qu’il veut y prononcer un discours de portée nationale.

Autre déconvenue, « le président du Conseil Général, consulté par M. le Préfet sur la participation de l’Assemblée Départementale à la fête, a répondu qu’une délégation du Conseil recevrait le Ministre à l’Ecole Normale pour lui faire les honneurs de l’Ecole, mais le Conseil ne serait pas officiellement représenté au banquet ». Grâce à cet artifice « la ville reste seule pour organiser la fête », comme le reconnaît le Maire. Pour financer aussi. Qu’à cela ne tienne, on décide « qu’avant de recourir aux fonds de la Commune, on épuiserait la réserve des fonds destinés aux fêtes de Savenay ».

Dans le même temps, peu soucieux des préoccupations du Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux Arts, le Maire de Savenay invite, avec insistance, un autre ministre, le Garde des Sceaux, Aristide BRIAND, et ce, dès que la date des inaugurations est fixée. Or, les réponses sont régulièrement négatives et semblent autant de faux fuyants.

Le 13 septembre, le cabinet du Ministre de la Justice écrit au maire de Savenay : « En réponse à la lettre que vous avez bien voulu adresser à M. le Garde des Sceaux pour l’inviter à accompagner M. le Ministre de l’Instruction Publique dans la Loire-Inférieure au commencement d’octobre, j’ai l’honneur de vous faire connaître que M. Aristide BRIAND est absent de Paris pour le moment ; mais, lors de son prochain voyage, je lui soumettrait votre aimable invitation et je ne doute pas que, si les circonstances le lui permettent, il ne se rende bien volontiers au milieu de ses compatriotes »(1).

0r, les circonstances ne semblent vraiment pas vouloir s’y prêter. Une semaine avant les inaugurations, le Maire de Savenay se fait plus pressant dans un télégramme « comme suite à réponse précédente invitation qui faisait espérer venue possible, suis à nouveau interprète de la population savenaisienne et d’un très grand nombre amis Nantes et Saint-Nazaire qui forment vœux plus ardents pour que Ministre Justice veuille bien honorer de sa présence les fêtes inauguration des écoles Savenay dimanche prochain ».

Naïf, le Maire de Savenay envoie également un télégramme à « Monsieur GUISTH’AU, Ministre Instruction Publique - Paris » ainsi libellé : « Ai l’honneur de vous informer adresse sollicitations pressantes au Garde des Sceaux pour vous accompagner dimanche. Prière joindre vos efforts aux nôtres ». Pourquoi naïf ? Parce que le Maire de Savenay n’imagine pas un seul instant que M. GUISTH’ AU puisse ne pas souhaiter la venue d’Aristide BRIAND. Ignore-t-il que, sous la IIIème République, le Garde des Sceaux vient immédiatement après le Président du Conseil et que Primus inter pares parmi les membres du gouvernement, si BRIAND, Ministre de la Justice, venait, il éclipserait GUISTH’AU et, grand orateur, ne manquerait pas de prononcer un discours qui porterait ombrage à celui que le Ministre de l’Instruction Publique vient précisément prononcer à Savenay ! Aristide BRIAND, lui, semble le reconnaître implicitement dans le télégramme de réponse, encore une fois négative, citée au chapitre précédent, puisqu’il « regrette très vivement que les circonstances ne (lui) permettent pas de (se) rendre » à l’invitation du Maire de Savenay. Quelles sont donc ces circonstances ?

A l’automne 1912, la situation de l’Instruction Publique est critique et les rapports entre le Ministre et les instituteurs sont extrêmement tendus. La pomme de discorde est le droit syndical des enseignants. Au début du siècle, les instituteurs de la Loire-Inférieure ont créé un « cercle pédagogique », devenu « Association Amicale des Membres de l’Enseignement Public ». Elle a une activité à caractère essentiellement corporatif (pédagogie, entraide, banquets...). C’est ainsi que le syndicalisme enseignant fait son apparition dans le département, comme dans les autres.

Car, en 1905, les associations départementales décident de se transformer en syndicats et d’adhérer aux Bourses du Travail. Dès lors, le gouvernement lutte contre la syndicalisation des fonctionnaires en général et des enseignants en particulier.

En 1907, NEGRE, le secrétaire du syndicat des instituteurs est révoqué. Et en 1912, nous sommes donc au plus fort de la tension entre le Ministre et les instituteurs. Si le Président de l’Amicale des Membres de l’Enseignement Public de la Loire-Inférieure, MERCIER, refuse l’invitation du Maire de Savenay sur un prétexte (voir chapitre précédent), c’est surtout pour ne pas cautionner, par sa présence, le contenu du discours de GUISTH’AU. Le jour venu, le Ministre lui-même est tendu : « Enfin, voici M. GUISTH’AU qui s’avance vers la tribune » rapporte l’Express de l’Ouest. « L’instant est solennel et pourtant le silence ne se fait point ». L’auditoire, essentiellement local, et la fin du banquet aidant, ne semblent donc pas bien mesurer l’importance nationale du discours. Néanmoins, « le ministre a prononcé une harangue avec une nervosité extrême, nervosité que nous ne lui connaissions pas jusqu’ici ».(1)

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